num 134

L'édito du n° 134

 

De la liberté au climat

Vive la Liberté ! Tel est le cri de joie sur lequel dansent des citoyens et citoyennes sur notre couverture. Ils viennent de briser leurs chaînes et paraissent coiffer le Petit Catalaunien Illustré du bonnet phrygien trônant au bout de leur pique où claque au vent l’étendard de la Liberté. Que nous vaut cet honneur, sinon une fantaisie de notre maquettiste en quête d’une illustration pour annoncer les pages que nous consacrons au premier terme du triptyque de la devise républicaine de la France ?

Au lendemain de Valmy et de la proclamation de la République, cette Liberté chérie que chante le sixième couplet de la Marseillaise, est celle remportée face aux tyrans couronnés de l’Europe coalisée. Elle va donner lieu à Châlons, comme partout en France, à une grande fête le 23 octobre 1792. Elle voit l’érection d’une statue de la Liberté sur la place de ville, rebaptisée à cette occasion place de la Liberté. Cette fête est portée par Narcisse Moignon, le Châlonnais célèbre de ce numéro, maire de Châlons, dont l’enthousiasme pour les idéaux de la Révolution est aussi sincère que profond. 

Ce qui ne l’empêchera pourtant pas de subir le même sort que son successeur, Jean-Baptiste Delestrée. Devenu procureur syndic du Département de la Marne, Narcisse Moignon sera en effet jeté en prison pour n’en sortir, lui aussi, qu’à la chute de Robespierre. Revenu à Châlons, il retrouva sa statue de la Liberté, avant qu’elle ne disparaisse avec la Révolution, tandis que celle qui devait la remplacer veille toujours sur la ville, amputée de ses attributs révolutionnaires.

Avant de tourner cette page de notre histoire locale , souvenons-nous que, bien qu’imprescriptible, la Liberté des gens et des peuples est un droit naturel que la tyrannie des extrêmes cherchera toujours à étouffer et à écraser si nous les laissons prendre les rênes du pouvoir ou envahir nos voisins européens.

L’hommage posthume que nous rendons à Roland Irolla est de ceux que l’on aurait préféré écrire bien plus tard. Sa disparition nous rappelle combien cet artiste inclassable venu de l’autre côté de la Méditerranée, a durablement laissé son empreinte à Châlons et son souvenir dans nos cœurs. Sous sa palette, le patrimoine se parait de couleur chatoyante et nous incitait à l’aimer et le protéger. C’est ce que nous continuons de faire dans ce numéro, avec le Castel Marie-Antoinette et les bâtiments de l’ancienne école normale de filles, avant de nous intéresser au climat qui s’emballe et aux surprises que nous réserve la charte municipale de l’arbre.  


Sabine Schepens, rédactrice en chef,

Bruno Malthet, président de l’association 



num 128

L'édito du n° 128

 

Du bruit à la fureur 

Les bruits de bottes et du canon se sont tus depuis 80 ans, et seul leur écho reste encore perceptible en feuilletant nos pages extraites de la chronique châlonnaise de la seconde guerre mondiale que nous publierons cet automne. Elles nous font découvrir André Jozon, préfet de la Marne pendant la drôle de guerre. Il s’y montra exemplaire, mais Pétain le limogea en septembre 1940 pour le remplacer par René Bousquet.

Nos adhérents ayant participé à l’assemblée générale de l’Association Nouvelle Catalaunie ont eu la primeur de la présentation de la première partie de cette chronique. Ils furent étonnés d’apprendre que sévissait alors un parti d’extrême-droite, le Rassemblement National Populaire. Antisémite et collaborationniste, il avait pignon sur rue, pas très loin de l’Espace Catalaunien, dans un local confisqué à un commerçant de confession juive. 

Cette chronique nous fait croiser le chemin d’Henri Lauvaux, une figure châlonnaise à qui la bibliothèque de Châlons vient de consacrer une exposition. Alors inspecteur de la Sûreté, détaché au secrétariat du commissariat, il est nommé secrétaire de police à la date du 1er janvier 1941. Il avait obtenu une médaille de bronze aux Jeux Olympiques de Paris en 1924 et fut acclamé comme il se doit à son retour. Ce numéro est également l’occasion de se remémorer que les épreuves de tir à grandes distances des Jeux Olympiques de Paris se sont déroulés au camp de Châlons.

Si notre assemblée générale se déroula dans le calme, il y fut pourtant question de bruit : celui que prétend réduire le Plan de Prévention du Bruit de l’Environnement, dû à la circulation automobile. Nos adhérents nous ont donné mandat d’intervenir sur ce dossier et c’est aujourd’hui chose faite. Deux impératifs ressortent de notre étude : finir le périphérique et mettre en œuvre un plan de mobilité. Reste à savoir si nous serons écoutés. Le Tribunal Administratif, lui, nous a entendus en rappelant à la ville de Châlons une évidence qu’elle prétendait ignorer : le bleu n’est pas incolore.

Nous terminions ce numéro en visitant les expositions du musée et de la Duduchothèque pour vous les présenter, et en réservant une place à celle de la Bibliothèque sur Notre-Dame, quand le Président de la République annonça la dissolution de l’Assemblée Nationale. Mettant ainsi le Rassemblement National aux portes du pouvoir, sa décision suscita beaucoup de bruit et de fureur. Ni neutre, ni partisane, mais citoyenne, notre association ne pouvait pas ne pas réagir. Elle a appelé à faire barrage au Rassemblement National, parti d’extrême-droite portant un projet aux antipodes de l’objet et des valeurs humanistes qu’elle défend. 

Sabine Schepens, rédactrice en chef,

Bruno Malthet, président de l’association